Après une année marquée par des incertitudes du marché et de l’économie apparemment constantes, les investisseurs pourraient supposer que cette tendance se poursuivra cette année. Toutefois, le portrait des 12 derniers est différent : l’économie mondiale est beaucoup plus résiliente que ce qui était attendu par plusieurs, ce qui devrait donner aux investisseurs des raisons d’être optimistes pour l’année à venir.
C’est le message que nous a transmis le comité des perspectives pour l’année 2026 de BMO Gestion privée réunissant :
- Douglas Porter, CFA, premier directeur général et économiste en chef, BMO Groupe financier
- Jennifer Lee, première directrice générale et économiste principale, BMO Marchés des capitaux
- Brent Joyce, stratège en chef, Placements, BMO Gestion privée
- Tom Powell, vice-président et chef de marché, BMO Gestion privée (modérateur)
Le comité a exploré les enjeux économiques les plus urgents, y compris les perspectives de croissance des économies canadienne et américaine, les prochaines étapes pour le commerce mondial après une ère de mondialisation et ce que tout cela signifie pour les marchés. En voici un aperçu :
Les tarifs douaniers ont moins d’effet
Il y a presque un an, les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis commençaient à changer; notre plus important partenaire commercial menaçait d’imposer des tarifs douaniers de 25 %, puis de 35 %, sur tout ce qui circule au sud du 49e parallèle. Avec le recul, les tarifs imposés se sont avérés beaucoup plus faibles que prévu, a expliqué Douglas Porter. « Seuls certains secteurs sont touchés par les tarifs douaniers », a-t-il déclaré. « Ce sont des secteurs importants, mais seuls quelques-uns sont vraiment ciblés.
La plupart des biens sont exempts de tarifs douaniers parce qu’ils sont admissibles à une exemption en vertu de l’ACEUM. En ce qui concerne le secteur de l’automobile, un véhicule typique qui traverse le pont Ambassador paie un tarif d’environ 12 % à 13 % », a-t-il expliqué. Même si M. Porter a déclaré que cela demeure « un enjeu très important », le tarif global demeure inférieur à ce que les États-Unis ont appliqué à d’autres partenaires commerciaux.
Si l’on attend avec impatience à la décision imminente de la Cour suprême des États-Unis sur la légalité des tarifs douaniers dits « d’urgence » américains, M. Porter a néanmoins minimisé l’importance de la décision. Il a souligné que les tarifs douaniers sur l’acier ou l’aluminium sont distincts de ceux dont sont saisis les tribunaux, ce qui signifie qu’ils continueront d’exercer des pressions sur l’Ontario et le Québec. Même si la décision pourrait forcer la main au président des États-Unis, M. Porter estime que l’administration dispose de nombreuses autres options pour mettre en place des mesures semblables.
Cela dit, l’économie nord-américaine a assez bien composé avec les obstacles tarifaires. M. Porter a fait remarquer que l’année a été difficile, car l’économie canadienne a connu une croissance légèrement inférieure à la moyenne, mais elle a évité une récession. Aux États-Unis, la croissance a été légèrement supérieure à la moyenne l’an dernier.
L’incidence limitée des tarifs douaniers sur la consommation aux États-Unis est l’une des raisons qui expliquent cette différence des taux de croissance. Les États-Unis soutiennent que ce sont les exportateurs étrangers qui paient la note, mais ce sont aussi les détaillants et les consommateurs américains qui assument une partie des coûts. Pour leur part, les fournisseurs étrangers réduisent les prix pour que leurs biens continuent d’entrer aux États-Unis.
La situation économique mondiale reste stable
Il n’y a pas que les économies nord-américaines qui se sont relativement bien comportées au cours de la dernière année; l’économie mondiale a également été très résiliente, a déclaré Jennifer Lee, pour plusieurs raisons. Ainsi, dans un contexte d’incertitude, de nombreux pays ont commencé à chercher des moyens de diversifier leur économie, a-t-elle souligné.
L’Europe a certes agi rapidement pour signer un nouvel accord de principe avec les États-Unis, mais les dirigeants de la région reconnaissent maintenant qu’ils ne peuvent pas compter sur les États-Unis pour diversifier davantage leurs échanges commerciaux. Depuis, l’UE a signé deux nouveaux accords, un avec l’Inde et l’autre avec le bloc du Mercosur. L’Europe prend également des mesures pour se sevrer du gaz naturel russe d’ici 2027.
Un autre facteur a été la décision des États-Unis et de la Chine de modérer leurs propos. Mme Lee a notamment évoqué la situation du 12 mai dernier, lorsque les deux pays sont revenus sur leur intention d’imposer des tarifs douaniers extrêmes. Ce jour-là, les États-Unis ont décidé de réduire les tarifs douaniers qu’ils planifiaient imposer en les faisant passer de 145 % à 30 %, et la Chine a réagi en ramenant ses tarifs douaniers imposés aux États-Unis de 125 % à 10 %.
« Ce sont de bons facteurs favorables pour 2025 et 2026, en supposant qu’une grande partie de ces éléments soient maintenus », a-t-elle déclaré.
L’inflation et les taux d’intérêt doivent rester stables
M. Porter a souligné que normalement, l’inflation est le premier sujet abordé dans ses présentations sur les perspectives du marché. Même si l’inflation a retenu l’attention ces dernières années et qu’elle est presque revenue à la normale, selon lui, elle fait moins les manchettes. Ce thème influencera la politique des taux d’intérêt pour 2026.
La Banque du Canada s’attend à ce que l’inflation soit proche de sa cible de 2 %. Selon M. Porter, BMO s’attend à ce qu’elle avoisine 2,5 %, surtout en raison de la hausse des coûts des aliments, et il croit que la banque centrale maintiendra les taux jusqu’à la fin de l’année. « Cela n’a rien d’inhabituel », a-t-il dit. « En fait, pendant une certaine période au cours de la dernière décennie, les taux n’ont pas bougé pendant cinq ans. Il est donc tout à fait plausible que la Banque n’y touche pas cette année. »
Pour ce qui est des États-Unis, BMO s’attend à ce que la Réserve fédérale réduise les taux trois fois cette année, ce qui rétrécira l’écart avec les taux d’intérêt du Canada. Ces réductions de taux devraient contribuer à la dépréciation du dollar américain par rapport à la plupart des devises mondiales cette année.
Le marché continue de s’améliorer
La résilience de l’économie contribue à expliquer le maintien du marché haussier en Amérique du Nord. Comme Brent Joyce l’a expliqué, l’investissement dans l’IA a fait les manchettes pendant la majeure partie de l’année passée. Néanmoins, en 2026, il pourrait être possible d’explorer des occasions en dehors du secteur des technologies, en particulier hors des titres des sept magnifiques.
Sans diminuer le potentiel des grandes actions technologiques, qui demeurent attrayantes et peu endettées, M. Joyce souligne que les 493 autres sociétés de l’indice S&P 500 se négocient à des prix plus raisonnables. « Nous voulons être exposés à certaines de ces sociétés d’envergure phénoménale, sans y être surexposés », a déclaré M. Joyce. « Nous pensons qu’il y a des occasions à saisir au-delà des plus grandes sociétés et nous cherchons à investir dans des titres de toutes capitalisations boursières, y compris dans les sociétés à petite et à moyenne capitalisation. »
En ce qui concerne le marché américain, M. Joyce s’attend à ce que l’indice S&P 500 atteigne 7 400 cette année (au 30 janvier, cet indice américain de référence se situait à environ 6 950). Pour le Canada, il prévoit un rendement du marché d’environ 9 % cette année.
Mais après un marché haussier de trois ans, le marché a-t-il encore assez de souffle pour continuer de progresser? M. Joyce n’en doute pas. « Tout indique qu’il s’agit d’un marché haussier normal, d’âge moyen, qui a certainement beaucoup de marge de manœuvre supplémentaire », a-t-il déclaré.
« Nous devons contrôler nos émotions, nos horizons temporels et notre tolérance au risque pour garder le cap, parce que les marchés haussiers, comme celui dans lequel nous naviguons actuellement, créent beaucoup plus de richesse et durent plus longtemps que les marchés baissiers, qui sont certes très douloureux et causent des cicatrices, mais qui sont moins fréquents et plus courts. »