Lorsqu’Elizabeth Bozek discute avec des clientes dans le cadre de ses fonctions de directrice générale, Planification successorale, à BMO Gestion privée, elle constate une tendance familière. Les femmes s’intéressent aux enjeux, et sont curieuses et lucides. Elles écoutent. Elles posent des questions. Elles veulent tout comprendre.
Alors, pourquoi cette ouverture ne se traduit-elle pas toujours par des mesures concrètes de planification financière à long terme?
On considère souvent que les femmes gèrent leur patrimoine avec prudence. Les recherches montrent constamment qu’elles ont tendance à prendre moins de risque que les hommes lorsqu’elles investissent, privilégiant la stabilité et la sécurité à long terme au détriment d’une croissance audacieuse. C’est un instinct sûr que l’on pourrait s’attendre à retrouver dans tous les aspects de leur vie financière.
Or, les choses ne se déroulent pas toujours de cette façon. Seulement 36 % des femmes propriétaires d’entreprise ont mis en place un plan de transition détaillé, contre 43 % des hommes. Selon un récent sondage de BMO, les femmes propriétaires d’entreprise sont moins susceptibles que les hommes d’avoir des plans détaillés pour pratiquement toutes les catégories financières, ce qui donne lieu à des considérations successorales – des lacunes qui peuvent exposer les actifs, les entreprises et les familles à des risques inutiles.
Mme Bozek ne croit pas que ce décalage découle d’un manque d’intérêt ou d’aptitude, mais un manque de bande passante.
Entre la gestion des finances du ménage, la garde d’enfants, les soins aux parents vieillissants et, dans bien des cas, l’exploitation d’une entreprise ou les exigences d’un emploi rémunéré, les femmes ont souvent des priorités plus pressantes. Il est facile de repousser la planification successorale lorsque cela ne vous semble pas urgent.
« Si vous devez assumer la charge mentale de votre famille et de votre entreprise, la façon dont vos actifs seront distribués à votre décès n’entrera pas dans vos priorités immédiates, jusqu’à ce que ce soit absolument nécessaire », affirme Mme Bozek.
Comment combler l’écart en matière de planification
Afin de combler l’écart, il est possible de recadrer la planification successorale et la planification de transition, et de la diviser en série de décisions simples et d’une portée limitée à prendre au fil du temps, au lieu que ce soit une tâche unique et écrasante. Un bon point de départ consiste à séparer la préparation de l’exécution.
La première phase peut se dérouler en plusieurs parties et souvent sans même avoir recourir à des spécialistes. Il s’agit généralement de recueillir des renseignements de base, comme dresser la liste des comptes, des actifs importants et des personnes clés dans votre vie, ainsi que de réfléchir à vos intentions générales concernant les personnes à qui vous voulez laisser quelque chose.
Ensuite, prenez du temps pour transposer cette réflexion sur votre succession en décisions officielles avec votre conseillère ou conseiller juridique, recommande Mme Bozek. Souvent, ce volet de la planification successorale est beaucoup plus simple que le croient la plupart des gens.
Autre stratégie pour éviter que votre planification successorale soit un fardeau, arrimez les entretiens de planification aux transitions réelles de la vie, au lieu de penser à des scénarios hypothétiques qui pourraient se produire à l’avenir. Des changements comme la vente ou la croissance d’une entreprise, un divorce, la naissance d’un petit-enfant ou le début des responsabilités liées aux soins des personnes âgées peuvent créer une ouverture naturelle à la révision des documents et des intentions.
La valeur d’un plan successoral
Le plan successoral est une image vivante de vos intentions à l’égard de votre argent et de vos actifs, une image qui évolue tout au long de votre vie. Il englobe toutes les décisions financières importantes prises tout au long de la vie, qu’il s’agisse d’aider un enfant à acheter une maison, de financer les études des petits-enfants, de faire des dons de bienfaisance, de planifier la relève dans votre entreprise ou de désigner les personnes qui prendront les décisions en votre nom si vous n’êtes plus en mesure de le faire.
Chacune de ces décisions a des répercussions juridiques et fiscales et influence ce que vous léguez en fin de compte aux personnes qui vous tiennent à cœur.
Mme Bozek souligne qu’il est étonnamment courant que les clientes aient rédigé un testament il y a des décennies et que celui-ci ne reflète plus leur situation. Les enfants sont devenus adultes et ont leur propre famille, et l’entreprise auparavant modeste vaut maintenant des millions de dollars. Pourtant, ce vieux document obsolète demeure juridiquement contraignant : même si un testament n’expire pas nécessairement, il peut devenir périmé et avoir besoin d’être mis à jour.
« Même si un document ne reflète plus vos intentions, s’il a été dûment signé, il sera tout de même respecté », explique Mme Bozek.
Mme Bozek recommande de revoir le testament chaque fois qu’un changement important survient dans la vie, par exemple, dans les revenus ou l’état matrimonial ou la naissance d’un enfant ou d’un petit-enfant. En règle générale, elle suggère de le réviser tous les trois à cinq ans pour s’assurer qu’il reflète toujours la situation actuelle.
Il n’est jamais trop tôt pour commencer à planifier!
Mme Bozek rencontre beaucoup de clientes qui pensent que tout doit être mûrement réfléchi avant de consulter une conseillère ou un conseiller juridique. Elles lui disent qu’elles ne sont pas prêtes, qu’elles n’ont pas encore tout réglé et qu’elles veulent attendre d’avoir une meilleure idée de ce qu’elles veulent. Mme Bozek comprend l’hésitation, mais la réfute avec bienveillance.
« Votre plan n’a pas besoin d’être parfait aujourd’hui, dit-elle. Il n’a pas non plus besoin d’être complet avant d’aller consulter un une conseillère ou un conseiller juridique. On ne peut pas prévoir tout ce que l’avenir nous réserve et le travail de votre conseillère ou conseiller est de vous aider à penser aux détails. »
Ce changement d’état d’esprit – de la perfection au progrès – peut rendre le passage à l’acte beaucoup moins intimidant.
Une approche qu’elle trouve utile est de demander aux clientes de prendre un moment pour visualiser la fin de leur histoire de vie : la succession a été réglée, l’argent et les biens ont été distribués, et la famille s’est rassemblée. De quoi cela a-t-il l’air? Qu’avez-vous légué à votre décès? De qui avez-vous pris soin et comment?
Cette vision, bien qu’imprécise et incomplète, peut servir de point de départ. Le travail des planificatrices et planificateurs successoraux consiste ensuite à poser les bonnes questions, à présenter les bonnes options et à aider à planifier la façon d’y arriver.
Selon Mme Bozek, il est également utile de laisser tomber l’idée qu’il faut maîtriser les concepts juridiques avant d’entamer la conversation. Les clientes savent souvent ce qu’elles veulent, même si elles ne savent pas encore comment l’exprimer.
Mme Bozek se souvient d’une cliente qui était convaincue de ne pas vouloir de fiducie, avant de décrire, dans ses propres mots, qu’elle souhaitait que son patrimoine soit protégé pour ses enfants jusqu’à ce qu’ils soient plus âgés et prêts à en profiter. Or, c’est exactement l’objectif d’une fiducie a-t-elle expliqué. L’intention était claire depuis le début.
En fin de compte, l’objectif est de redéfinir l’ensemble de la planification successorale. Oui, cet exercice nous met face à notre mortalité. Qui plus est, il vous amène à réfléchir à votre héritage, à examiner minutieusement tout ce que vous avez bâti et tous ceux que vous voulez protéger. Bien fait, cet exercice est l’une des décisions financières les plus importantes qu’une personne puisse prendre.
« Est-ce que vous laissez un désordre ou bien des instructions claires afin que votre famille puisse se concentrer sur son deuil et se souvenir de vous, au lieu d’essayer de deviner vos intentions? », demande Mme Bozek. Il n’est jamais trop tôt pour commencer à planifier l’héritage pour lequel on se souviendra de vous. »