À une époque où les pressions s’accumulent, qu’il s’agisse de l’escalade des conflits géopolitiques, d’un éventuel ralentissement économique, des effets des changements climatiques ou d’autres enjeux, le problème de l’épuisement professionnel est bien réel. Un rapport récent indique que 62 % des professionnels canadiens disent se sentir épuisés, comparativement à 47 % en 2024.
BMO Gestion privée a récemment organisé l’événement Résilience quotidienne : Comment réussir à bien travailler et à bien vivre, mettant en vedette Robyne Hanley-Dafoe, comportementaliste en psychologie et en éducation. Le travail de la professeure Hanley-Dafoe sur le développement de la résilience est essentiel pour les personnes à valeur nette élevée, qui n’ont peut-être pas de difficulté à atteindre un rendement maximal dans leur vie professionnelle, mais qui sont plus susceptibles d’avoir de la difficulté à le maintenir.
« Nous pouvons connaître notre meilleure année, notre meilleur trimestre, notre meilleure saison, a déclaré Mme Hanley-Dafoe, mais le véritable défi consiste à savoir maintenir ce niveau de performance au fil du temps, voire à le dépasser. »
D’après les recherches pancanadiennes de l’auteure primée, les personnes hautement performantes rapportent constamment qu’elles ne sont pas simplement fatiguées ou stressées : elles ressentent une lassitude que des vacances ne suffisent pas à dissiper. La réponse : renforcer la résilience.
Plusieurs croient que la résilience est une question de rigueur ou de courage. Mais Mme Hanley-Dafoe soutient qu’elle se construit au quotidien, grâce à des habitudes qui permettent de continuer à assumer ses responsabilités, même en cas de stress intense dans un autre domaine de la vie.
« Ce que les gens font au quotidien leur permet d’être extraordinaires quand il le faut », a-t-elle déclaré, avant d’expliquer les cinq piliers de la résilience au quotidien qu’elle a définis.
Appartenance – Mme Hanley-Dafoe a fait valoir que le fait d’avoir un « groupe de soutien », qu’il soit composé de membres de la famille, d’amis ou des deux, est essentiel pour forger sa résilience. Le fait d’avoir des gens qui dépendent de vous vous motivera toujours à continuer lorsque les choses se corsent. « Nous allons plus loin pour aider les autres que nous ne le ferions jamais pour nous-mêmes », a-t-elle dit.
Perspective – Selon elle, dans les moments difficiles, la perspective est essentielle. Il faut prendre du recul et garder à l’esprit qu’une heure ou un trimestre difficile ne vous définit pas. La vie est faite de petits moments, d’habitudes et d’actions, et, pour surmonter les moments difficiles, il faut se concentrer sur la prochaine décision judicieuse à prendre.
Acceptation – Selon Mme Hanley-Dafoe, il est essentiel d’accepter ce qui échappe à son contrôle afin de se concentrer sur les éléments contrôlables. « La différence chez les employés très performants, c’est qu’ils se concentrent sur ce qui est sous leur contrôle. »
Espoir – Choisir de vivre dans l’espoir, a-t-elle expliqué, peut nous changer sur les plans physiologique et psychologique. C’est une source de persévérance dans les moments difficiles. « Nous savons que quelque chose de remarquable se produit dans la condition humaine lorsqu’elle rencontre l’espoir, a-t-elle dit.
Humour – Mme Hanley-Dafoe a souligné que l’humour n’est pas futile, mais un outil pour gérer le stress. Elle a ajouté que ses propres recherches ont révélé que les personnes qui jurent vivent en fait plus longtemps.
Le stress comme carburant
La compréhension des cinq piliers n’est qu’une partie de l’équation. Mme Hanley-Dafoe a été tout aussi directe au sujet du rôle du stress lui-même. Ce n’est pas un ennemi à éliminer, mais une ressource à gérer.
« Le stress est du carburant, a-t-elle dit. Il nous donne de l’énergie, de la concentration et nous permet de savoir ce qui est important. » Le problème, a-t-elle expliqué, ce n’est pas le stress en soi, mais les doses que bon nombre d’entre nous absorbent.
L’antidote n’est pas un autre biopiratage ou une autre tendance bien-être. Il s’agit d’une courte liste d’habitudes fondées sur des données probantes, efficaces à tous les âges et pour tous les modes de vie. Une marche de 30 minutes, a-t-elle souligné, réduit la mortalité toutes causes confondues de plus de 60 %.
Les relations ont aussi leur importance. Si vous passez vos journées à résoudre des problèmes et à gérer des situations d’urgence au travail, la dernière chose dont vous avez besoin, c’est des conflits et du stress à la maison. Selon elle, les conversations les plus importantes que vous avez avec votre famille ont lieu dans les premières minutes qui suivent votre retour à la maison, comme elle l’a constaté avec ses trois enfants désormais adultes.
Au lieu de demander tout de suite pourquoi la boîte de recyclage est toujours pleine ou pourquoi telle ou telle chose n’a pas été faite, prenez un instant pour créer un lien. « Il faut créer un lien avant de corriger, sinon le message ne passera pas, a-t-elle déclaré. Ces cinq premières minutes déterminent la suite de la soirée. »
Il est également essentiel de trouver du temps pour la solitude, car elle aide à réinitialiser le système nerveux. La nature et la musique complètent la boîte à outils, deux régulateurs éprouvés du système nerveux qui ne nécessitent aucun abonnement.
Le fil conducteur, a-t-elle dit, consiste à éviter d’ajouter encore plus à un programme déjà bien chargé. Souvent, la question la plus importante est de savoir ce qu’il faut cesser de faire. « Quel comportement, si je cessais de le faire, me permettrait de retrouver mon énergie? »
Soulignons que Mme Hanley-Dafoe a mis en perspective ses travaux sur la résilience en partageant son histoire personnelle. À 16 ans, elle a été victime d’un accident quand sa voiture a dérapé et a fini sa course dans une rivière gelée. Elle a failli se noyer. Alors qu’elle tentait de s’échapper du véhicule et de remonter à la surface, ce qui lui a permis de tenir bon, c’était la voix de sa mère qui lui disait qu’elle était capable de faire des choses difficiles. Elle s’agrippait à la glace lorsqu’un automobiliste qui passait a remarqué ses traces de pneus et a risqué sa propre vie pour la sauver.
Cette expérience a marqué un tournant pour Mme Hanley-Dafoe, alors une décrocheuse en difficulté aux prises avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie. Elle a commencé à bâtir une vie plus saine. Selon elle, le chemin vers la guérison n’est pas linéaire et nécessite beaucoup d’efforts pour réparer les relations, mais ses expériences l’ont amenée à devenir une experte de la résilience et du bien-être.
« Nous avons besoin les uns des autres, et la réalité est que nous devons également partager des histoires remplies d’espoir pour faire savoir aux gens que nous n’avons pas à être définis par nos plus grandes erreurs ou nos saisons les plus difficiles, a-t-elle dit. Parfois, nos plus grands revers sont en réalité le prélude à quelque chose de mieux. »