Chaque génération fait face à des défis liés à l’argent, mais en raison de la flambée des prix des maisons, de l’endettement étudiant croissant et d’un marché de l’emploi impitoyable, de nombreux jeunes Canadiens ressentent la pression. Les répercussions de ces difficultés financières pourraient se répercuter sur la vie familiale, près du quart (article en anglais seulement) des milléniaux et des adultes de la génération Z affirmant ne pas avoir les moyens d’avoir des enfants.
Les quelque 1 000 milliards de dollars qui devraient être transférés des baby-boomers aux générations suivantes dans le cadre du « grand transfert de richesse » aideront (article en anglais seulement) dans le futur, mais de nombreux jeunes Canadiens disent avoir besoin d’aide maintenant. Cela pousse certaines familles à repenser leur approche traditionnelle en matière d’héritage. Au lieu d’offrir leur patrimoine à la génération qui les suit, certaines familles transmettent plutôt leur argent à la troisième génération.
« En fait, les grands-parents sautent la deuxième génération et transfèrent directement leur patrimoine à la troisième génération, explique Brodie Taylor, directeur général, Planification fiscale à BMO Gestion privée. Je ne leur dis pas d’exclure leurs enfants des testaments, mais ils comprennent mieux les avantages de soutenir leurs petits-enfants que leurs enfants à ce stade-ci. »
Un changement de mentalité
De plus en plus, ce transfert se fait pendant que la génération plus âgée est toujours en vie. Un récent sondage de BMO a révélé que près de la moitié des parents et des grands-parents prévoient offrir un soutien financier à leurs enfants et petits-enfants adultes au cours de la prochaine année, qu’il s’agisse de débours quotidiens ou de dépenses importantes, comme les études, les services de garde d’enfants ou le logement.
Et la jeune génération n’hésite pas à recevoir cette aide. Un membre sur cinq des générations Z et Y affirme avoir déjà reçu une partie ou la totalité de son héritage ou s’attend à recevoir sa part du patrimoine familial pendant que ses parents sont encore en vie.
M. Taylor, qui travaille avec des familles qui ont entre 2 millions de dollars et plus d’un milliard de dollars d’actifs, affirme qu’il s’agit d’un problème qui touche tout le monde à l’échelle de la Gestion de patrimoine.
Quand et comment aider
Le soutien précoce s’accompagne toutefois de son propre lot de défis, notamment la question de savoir si le fait de donner un montant trop important trop tôt pourrait éliminer la motivation à travailler et à bâtir son patrimoine de façon indépendante. « Il y a toujours une mise en garde selon laquelle si vous mettez beaucoup de choses en place pour une personne, vous pouvez modifier sa trajectoire dans la vie par rapport à ce qu’elle aurait fait autrement », explique M. Taylor.
C’est une préoccupation courante pour les parents et les grands-parents qui ont du patrimoine à partager. Comment pouvez-vous aider sans éliminer la volonté de réussir? La réponse consiste souvent à repenser non seulement le montant à donner, mais aussi le moment où le faire.
L’approche traditionnelle était simple. « La norme était que le patrimoine de la première génération soit transféré à la deuxième génération, et parfois, la première génération estimait qu’il était de la responsabilité de la deuxième de soutenir ses enfants par l’intermédiaire de son propre patrimoine, explique M. Taylor. Mais ce modèle supposait que chaque génération ferait face à des conditions économiques similaires.
Même si la crainte de donner trop tôt persiste, les familles tiennent compte du risque de manquer la période où l’aide compte le plus. Pour trouver un équilibre entre ces préoccupations, certaines familles explorent d’autres façons de soutenir les membres plus jeunes de leur famille, comme en leur offrant une aide ciblée pour les aider avec une mise de fonds pour l’achat d’une maison, les frais de scolarité ou même des capitaux de départ pour démarrer une entreprise.
De nombreux grands-parents donnent maintenant des fonds plus tôt pour aider les jeunes membres de leur famille à améliorer leur situation pendant qu’ils le peuvent, en leur offrant des conseils sur les décisions financières, explique M. Taylor. Souvent, les conseils sont donnés lors de réunions de famille pour s’assurer que tout le monde est sur la même longueur d’onde et partage les mêmes valeurs. Cela permet non seulement de favoriser la réussite de la jeune génération, en plus d’aider la génération plus âgée à avoir l’esprit tranquille. Donner plus tôt permet aux grands-parents de voir comment cet argent est utilisé et d’apprécier les résultats.
Mise en place de mécanismes de protection
Pour les familles qui craignent de donner trop à la fois, il existe des façons de structurer le soutien tout en maintenant une surveillance. M. Taylor affirme que certaines familles font des dons en espèces à des enfants et à des petits-enfants adultes afin qu’ils les placent dans leur compte d’épargne libre d’impôt (CELI).
Cette stratégie peut être utile à quelques niveaux pour certaines familles. Pour commencer, comme les dons en espèces ne sont pas imposés au Canada, le fait de donner de l’argent maintenant permet de gérer une facture d’impôt potentiellement importante si la famille attend que le patrimoine soit transmis par l’intermédiaire de sa succession. Certaines familles considèrent également les CELI comme un outil d’enseignement utile pour aider leurs enfants ou leurs petits-enfants à s’habituer aux placements.
« La cotisation à un CELI permet aux parents d’aider leur enfant adulte à maximiser ce compte, tout en lui montrant les tenants et aboutissants des placements, ainsi que ce que signifie la détention d’actions ou d’obligations », explique M. Taylor.
Les fiducies offrent une autre approche qui permet aux parents ou aux grands-parents de conserver un plus grand contrôle sur l’argent, afin de pouvoir évaluer l’incidence des distributions et les rajuster à la hausse ou à la baisse, au besoin. « Au lieu qu’un enfant hérite d’une somme d’argent globale, la fiducie fournit un peu plus de protection », explique-t-il. Cela peut comprendre les distributions progressives au fil du temps ou le fait que les enfants doivent respecter des conditions précises pour accéder à des montants plus élevés.
Veuillez noter qu’avant de donner de l’argent, il est important de prévoir toutes les conséquences et les événements imprévus potentiels qui pourraient mettre ce patrimoine à risque. Par exemple, même s’il est possible que les dons en espèces ne soient pas imposables, si vous prévoyez vendre un actif avec un gain en capital pour accéder à cet argent, cela pourrait constituer une opération imposable pour vous.
De même, si vous faites un don pour contribuer à une mise de fonds sur une maison que votre descendant achète avec son nouveau conjoint, votre don pourrait être à risque si cette union se brise, c’est pourquoi il est important de trouver la bonne stratégie avant d’offrir votre soutien.
La littératie financière d’abord
Peu importe l’approche, M. Taylor souligne que la prochaine génération doit savoir comment gérer son argent avant que celui-ci ne change de mains. Cela peut commencer par une réunion de famille dans laquelle la littératie financière devient un point central de la conversation. Un conseiller en gestion de patrimoine peut animer ces discussions.
L’une des tactiques suggérées par M. Taylor pour les enfants plus âgés et les jeunes adultes consiste à les amener à établir un compte de placement fictif, qui offre un moyen sans risque d’explorer et de comprendre les placements.
Il dit qu’il n’y a pas de formule universelle. La bonne approche dépend de la dynamique familiale, de la richesse en jeu et de la situation personnelle. Mais certains principes sont toujours valables : commencer les entretiens sur l’argent tôt, accorder la priorité à l’éducation financière, envisager un soutien graduel plutôt que des montants forfaitaires importants et intégrer la responsabilité.
« Faire de petits dons vous permet d’évaluer l’incidence et l’orientation prise par les enfants avec ceux-ci, explique M. Taylor. En fin de compte, tout commence par la littératie financière. »