Les conditions du commerce international ont évolué de façon plus dynamique au cours des derniers mois, alors que l’évolution des politiques et le contexte géopolitique continuent d’influencer les perspectives. De récents développements juridiques et géopolitiques — notamment une décision de la Cour suprême des États‑Unis concernant certains tarifs douaniers, ainsi que le regain de tensions entre les États‑Unis et l’Iran — ont accru l’incertitude entourant les flux commerciaux et les marchés de l’énergie. Pour le Canada, ces facteurs complexifient davantage les discussions commerciales, la planification des placements et les perspectives économiques globales.
Le 8 avril, l’honorable Brian Tobin, vice-président du conseil d’administration de BMO Groupe financier, a animé une discussion avec :
- Steve Verheul, ancien négociateur commercial en chef du Canada et stratège géopolitique indépendant
- Sal Guatieri, directeur général et économiste principal, BMO
- François Trahan, stratège en chef, Placements, BMO Marchés des capitaux
Écoutez le balado Markets Plus qui a résulté de la discussion :
Voici quelques-uns des thèmes clés abordés pendant leur discussion :
La trousse tarifaire
Steve Verheul a souligné que la décision de la Cour suprême des États‑Unis se distinguait par son impact sur le cadre des tarifs douaniers, notamment en mettant fin au recours à l’une des autorités tarifaires les plus souples. À court terme, cette évolution accroît l’importance d’autres mécanismes, comme l’article 122 de la Trade Act aux États‑Unis — une autorité tarifaire temporaire qui fait actuellement l’objet de contestations judiciaires devant le Tribunal de commerce international des États‑Unis.
Toute mesure tarifaire d’envergure exigerait vraisemblablement la tenue d’enquêtes commerciales formelles — notamment celles portant sur la capacité excédentaire et le travail forcé — des processus qui se déploient habituellement sur une plus longue période. Comme l’a souligné M. Verheul, ces mécanismes reposent sur un équilibre différent entre flexibilité et durabilité, ce qui pourrait prolonger la période d’incertitude à mesure que la politique commerciale continue d’évoluer.
Cela dit, M. Verheul a indiqué que l’évolution du contexte pourrait, en réalité, jouer en faveur du Canada. Jusqu’à présent, la montée des tarifs douaniers américains a entraîné des retombées inégales en matière de rapatriement et de création d’emplois, tandis que la position du Canada comme fournisseur clé d’énergie, d’aluminium et d’autres marchandises confère à Ottawa un certain levier alors que la dynamique commerciale poursuit sa transformation.
M. Verheul a également évoqué d’autres sources potentielles de tensions commerciales, notamment les enquêtes menées par les États‑Unis pour évaluer si leurs partenaires commerciaux en font suffisamment afin d’empêcher l’entrée sur leur territoire de biens issus du travail forcé. Il a toutefois précisé que l’attention demeure principalement centrée sur les négociations entourant l’ACEUM.
En définitive, tout repose sur la validité de l’exemption prévue par l’ACEUM, a indiqué M. Verheul. Cette exemption couvre environ 90 % des exportations canadiennes et confère à Ottawa une plus grande marge de manœuvre, notamment en lui permettant d’adopter une approche plus patiente. « Si nous atteignons un point où les États‑Unis retirent cette exemption, nous entrerons dans une tout autre réalité », a‑t‑il souligné.
Défis pour la prise de décision des banques centrales
Sal Guatieri a expliqué que la combinaison de l’incertitude liée aux tarifs douaniers et de la hausse des prix du pétrole exerce des pressions simultanées sur l’offre et la demande, compliquant ainsi l’orientation des politiques de la Réserve fédérale américaine et de la Banque du Canada. Selon lui, les banques centrales disposent d’une visibilité limitée pour évaluer l’incidence ultime de ces forces divergentes sur la croissance économique et l’inflation.
M. Guatieri a indiqué que l’inflation pourrait s’établir en moyenne au‑delà de 3 % cette année, tant aux États‑Unis qu’au Canada, tandis que la croissance économique a été légèrement revue à la baisse, pour atteindre environ 2 % aux États‑Unis et 1 % au Canada. Il a ajouté que la Réserve fédérale pourrait encore envisager une baisse des taux si les prix du pétrole baissaient, bien que cette option paraisse désormais plus restreinte qu’avant le récent conflit.
Du côté de la Banque du Canada, M. Guatieri a souligné que les arguments en faveur d’une augmentation des taux demeurent limités, citant une inflation de base modérée, une croissance économique faible et un marché du travail qui n’a affiché que peu de signes d’amélioration au cours de la dernière année.
Des marchés plus résilients que prévu
L’ampleur des perturbations récentes aurait normalement pu entraîner une correction beaucoup plus marquée des marchés. Or, comme l’a souligné François Trahan, ceux‑ci ont fait preuve d’une résilience surprenante. Il a attribué cette tenue à l’effet de soutien de politiques déjà en place ainsi qu’au rôle de l’Amérique du Nord comme important producteur de pétrole, un facteur qui a permis aux marchés boursiers américains et canadiens de mieux résister que ceux plus dépendants des importations d’énergie, notamment le Japon et la Corée du Sud.
M. Trahan a mis en avant la tenue des marchés comme un indicateur clair de cette résilience. « Si j’avais interrogé mes clients à la mi‑février en leur demandant ce qui arriverait à l’indice S&P 500 si les prix du pétrole augmentaient de 50 $, je doute que quiconque ait anticipé un recul limité à 7 % dans le pire des cas », a‑t‑il affirmé.
Il a ajouté que les secteurs de l’énergie, de l’industrie et des matières premières ont figuré parmi les plus performants durant la récente période de volatilité, prolongeant une tendance déjà bien établie avant l’intensification des tensions géopolitiques. Selon lui, ces secteurs ont profité à la fois d’une protection contre l’inflation et d’une exposition au cycle économique, ce qui les rend plus attrayants dans un environnement où les baisses de taux ne peuvent plus être présumées. Dans ce contexte, il a indiqué que les actions de croissance pourraient être confrontées à des conditions plus difficiles d’ici la fin de l’année.
Principaux thèmes à surveiller
Selon M. Trahan, les indicateurs les plus révélateurs des perspectives économiques canadiennes demeurent l’évolution des prix du pétrole et l’orientation des tarifs douaniers américains. « Un dollar plus faible est habituellement associé à une économie mondiale en expansion », a‑t‑il expliqué, ajoutant : « J’aimerais que cette baisse du dollar américain se poursuive. »
Pour sa part, M. Guatieri a souligné que l’exemption tarifaire prévue dans le cadre actuel de l’ACEUM demeure un élément central pour le Canada. Il a indiqué que l’issue de ces négociations jouera un rôle clé dans la capacité de l’économie canadienne à maintenir une croissance modérée ou, à l’inverse, à faire face à des perspectives plus difficiles.
Brian Tobin a invité M. Verheul à exposer son point de vue concernant la position du Canada dans le cadre de ces discussions, en s’appuyant sur son expérience directe à la table des négociations. M. Verheul a indiqué que le Canada aborde les pourparlers en position favorable, notant que, si les États‑Unis ont déjà réalisé certains progrès dans leurs négociations avec le Mexique, les discussions avec le Canada ont avancé plus lentement. Dans ce contexte, il a ajouté que l’intensification des pressions entourant la politique commerciale américaine pourrait, à mesure que les échanges se poursuivent, jouer en faveur du Canada.