« Il ne faut jamais confondre génie, chance et marché haussier. »
– John « Jack » Bogle (1929-2019) Investisseur américain, magnat des affaires et philanthrope, fondateur de The Vanguard Group
Résilience et rétroaction sont les deux mots qui résument le mieux l’année 2025. Cette année restera peut-être dans les annales l’année des « T », les tarifs douaniers, les tensions commerciales, l’expression TACO (« Trump Always Chickens Out » ou Trump finit toujours par reculer) et Trump ayant tous occupé le devant de la scène. Cependant, les mots en « T » ont également dominé le second semestre de l’année : turnaround (redressement), terrific and all-time highs (sommets fantastiques et historiques). La plupart des indices boursiers mondiaux ont inscrit des rendements positifs, certains spectaculaires et étonnants. Parmi les plus performants au monde figuraient les indices boursiers de référence du Canada (+28,3 %), du Mexique (+29,9 %) et de la Corée (+75,6 %), trois pays très dépendants du commerce avec les États-Unis. À notre avis, l’événement le plus important de l’année a été la rétroaction cruciale que le marché obligataire américain a envoyée à l’administration Trump et qui a ouvert la voie à une réévaluation de ses politiques tarifaires.
Résilience
La résilience est la seule façon de décrire les ménages qui ont continué à dépenser et les entreprises qui ont continué à investir malgré tous les changements et l’incertitude généralisée qui ont marqué l’année 2025. Si la redéfinition des relations commerciales et géopolitiques constitue un défi, elle a donné lieu à des changements plutôt positifs. Les marchés financiers ont accueilli favorablement la perspective de dépenses de défense attendues depuis longtemps en Europe, au Canada et ailleurs, le changement d’attitude à l’égard l’efficience du gouvernement (le concept à l’origine du DOGE) et l’utilisation croissante des dépenses publiques pour stimuler les investissements productifs (p. ex., les infrastructures et les initiatives de construction de la nation du Canada).
Une partie de cette résilience est véritablement remarquable. La croissance du PIB réel de l’économie mondiale est en voie d’atteindre 3,2 % pour l’année. La croissance surpasse les prévisions dans de nombreux endroits, notamment, et avec force, au Canada. . Étonnamment, le commerce mondial devrait croître d’environ 5 % en volume. Il s’agit non seulement d’un résultat solide dans une année marquée par les tensions commerciales et l’incertitude, mais également de la plus forte augmentation en quatre ans. La mondialisation n’est pas morte, elle se réinvente. Alors que le commerce avec les États-Unis est en pleine mutation, le reste du monde continue d’avancer. De nombreux pays tissent et renforcent leurs liens commerciaux.
Rétroaction
Le 2 avril dans l’après-midi, depuis la roseraie de la Maison-Blanche, le président Donald Trump a provoqué le choc de l’année en dévoilant la première vague de tarifs douaniers mondiaux qui ont bouleversé des décennies de politique commerciale américaine. Ces plans donnaient l’impression d’avoir été rédigés à la hâte, comme en témoignent les droits de douane imposés à d’obscures îles inhabitées (surnommés les droits de douane pour les manchots). Les actions mondiales ont plongé de plus de 10 %, les actions américaines ont enregistré les plus fortes baisses (-19 % pour l’indice S&P 500 par rapport à son récent sommet de février).
Comme les gouvernements ne détiennent pas d’actions, les baisses du marché boursier sont un effet indirect plus facile à ignorer. Cependant, les perturbations sur les marchés des changes et des obligations ont des conséquences immédiates et importantes. Les gouvernements empruntent de l’argent sur le marché obligataire, et les États-Unis en empruntent beaucoup. En réponse au choc tarifaire, les taux obligataires américains ont fortement augmenté, ce qui a eu une incidence directe sur les finances publiques. L’indice du dollar américain (DXY) a plongé, portant sa baisse de 5 % depuis le début de l’année à 10 %. Ces conséquences sur les marchés ont contraint l’administration à agir et, en l’espace de dix jours, les tarifs douaniers ont été suspendus. Cet événement a donné le ton de ce que les experts ont appelé le « TACO trade » (« Trump Always Chickens Out »), qui est devenu un phénomène récurrent durant le reste de l’année.
La patience récompensée
Face à cette incertitude, nous nous sommes appuyés sur notre formation et notre expérience pour réfléchir à ce qui était réalisable, durable et conforme aux lois de l’offre et de la demande dans un système capitaliste moderne. Nous estimions que des boucles de rétroaction cruciales fourniraient suffisamment d’éléments pour inciter l’administration américaine à peaufiner ses politiques. Parmi ces boucles de rétroaction, mentionnons les freins et contrepoids du Congrès (le détenteur constitutionnel des instruments de revenu); le système judiciaire, l’opinion publique et le lobbying des entreprises. Bon nombre de ces voix importantes sont restées étrangement silencieuses dans le feu de l’action, mais toutes ont depuis commencé à exercer leur influence. La rétroaction des marchés financiers est rapide et dénuée d’émotion, et notre point de vue a été rapidement confirmé par leur réponse immédiate et vigoureuse, la hausse des coûts d’emprunt, la chute des marchés boursiers et la dépréciation du dollar américain ayant motivé ce changement de cap.
Tout au long du reste de l’année, les investisseurs se sont laissé de moins en moins distraire par le bruit. Un changement dans la façon dont les affaires sont menées n’est pas la même chose que de se demander si les affaires seront menées tout court. Pour les actionnaires et les porteurs d’obligations, la question de savoir où et comment les sociétés génèrent des revenus est différente de celle de savoir si elles réaliseront un bénéfice.
En 2025, les actions ont inscrit de solides résultats, car les ménages et les entreprises ont fait preuve de résilience et la rétroaction a tempéré les mesures prises par l’administration. Le monde a ainsi été en mesure d’absorber les nouveaux événements et de s’y adapter, et les marchés financiers et les économies ont pu tenir bon. En fin de compte, le monde tourne autour des affaires.
Les bénéfices sont essentiels
De nombreux marchés boursiers ont enregistré une croissance des bénéfices à deux chiffres grâce à divers facteurs : une inflation stable ou en baisse conduisant à des taux obligataires raisonnables, des banques centrales expansionnistes, une croissance économique qui se stabilise, ralentissant légèrement aux États-Unis (qui passe d’une forte croissance à un léger ralentissement après l’instauration des tarifs douaniers), mais une croissance meilleure que prévu dans de nombreuses autres économies. Les gains enregistrés sur les marchés boursiers sont attribuables à la croissance des bénéfices, à l’expansion des valorisations (payer plus pour le même niveau de bénéfices) et aux dividendes. La croissance des bénéfices explique la majeure partie des gains enregistrés sur les marchés américains – une évolution normale et très positive qui correspond à la hausse de 16,4 % de l’indice S&P 500 sur l’année. Les marchés boursiers ayant réalisé des gains exceptionnels l’ont fait grâce à une combinaison de croissance des bénéfices et d’expansion des valorisations, car ils ont été réévalués à la hausse après avoir été sous-évalués.
Inutile de jouer des coudes quand on gagne
Le Canada a eu besoin de se serrer les coudes durant la période électorale du printemps et face aux discours commerciaux les plus durs à son égard. Les tarifs douaniers et les menaces de Trump nous ont galvanisés et nous ont fait prendre conscience de la nécessité d’une plus grande autonomie en matière de défense et dans nos relations commerciales. Il s’en est suivi un débat constructif sur la façon dont nous faisons des affaires dans ce pays. À l’heure actuelle, le Canada jouit d’un accès parmi les plus favorables aux marchés américains. Les futures négociations commerciales nécessiteront des efforts intenses, mais les discussions au pays semblent moins affolées et plus optimistes quant à notre capacité à aller de l’avant et à prendre des mesures visant à stimuler la croissance économique, l’investissement et la productivité.
La situation du Canada s’est reflétée sur nos marchés financiers. Notre monnaie s’est raffermie (en hausse de 4,8 %, passant de 0,701 $ US à 0,729 $ US) et l’indice composé S&P/TSX a surpassé de nombreux marchés, dont l’indice S&P 500. Dix des onze secteurs ont inscrit des gains, sept d’entre eux ayant enregistré des hausses à deux chiffres. La croissance des bénéfices est à l’origine d’une grande partie de ce gain, mais le facteur déterminant a été la progression de 98 % du secteur des matières premières, favorisée par la hausse des prix des métaux précieux. Ce rendement exceptionnel a créé un contexte difficile pour la gestion active. L’ampleur de la remontée des métaux précieux a faussé les rendements de l’indice de référence. Malgré les excellents résultats obtenus par les gestionnaires de portefeuille les plus rigoureux, leurs rendements ont tout de même été inférieurs à ceux de l’indice.
Les taux des obligations à moyen et à long terme ont légèrement augmenté, tandis que ceux des obligations à court terme ont chuté et ramené l’indice des obligations universelles FTSE Canada à un rendement modeste de 2,6 %. Les taux à long terme ont augmenté en raison de l’inflation et des largesses budgétaires, mais aussi – et surtout – grâce à l’amélioration des perspectives économiques du Canada.
Il n’est pas si impossible d’investir après tout
La croissance des bénéfices et l’expansion des valorisations expliquent les solides résultats de nombreux autres marchés. À l’extérieur des États-Unis, plusieurs marchés boursiers ont commencé l’année 2025 en étant sous-évalués par rapport à leurs moyennes historiques. Au début de 2025, l’humeur était à la prudence sur l’ensemble des marchés, car la croissance des bénéfices était ralentie en Europe, l’économie chinoise connaissait des difficultés depuis plusieurs années et, bien entendu, l’appréhension grandissait devant les changements potentiels que la nouvelle administration américaine était susceptible d’apporter. Ces valorisations moins élevées conjuguées à une croissance des bénéfices supérieure aux attentes (modeste en Europe, mais impressionnante au Japon), ont permis aux marchés développés internationaux représentés par l’indice MSCI EAEO (Europe, Asie, Extrême-Orient) d’inscrire un gain de 27,9 %.
En 2024, nous disions que les actions chinoises étaient bon marché. Les investisseurs étaient de si mauvaise humeur qu’ils commençaient à se demander s’il allait devenir impossible d’investir en Chine. Comme souvent, ces discussions ont marqué le niveau le plus bas atteint par les actions chinoises. La reprise a commencé en janvier 2025, lorsque les médias ont annoncé qu’une société chinoise, DeepSeek, avait créé un modèle d’IA convenable à une fraction du coût de ceux créés par les géants technologiques occidentaux. Cette société en démarrage spécialisée dans l’intelligence artificielle a rappelé aux investisseurs que les sociétés technologiques chinoises avaient autrefois été les chouchous du marché. L’antagonisme commercial des États-Unis à l’égard de la Chine, bien que volatil, s’est avéré moins virulent que prévu, il en va de même pour l’incidence sur le Mexique. La Chine poursuit ses mesures de relance économique. Combinés, ces facteurs ont fait grimper l’indice MSCI Chine de 28,3 % en 2025 et de plus de 50 % depuis septembre 2024. De son côté, l’indice MSCI Marchés émergents ($ US) a progressé de 30,6 % en 2025.
Le mot de la fin : Méfiez-vous du génie des marchés haussiers
Sommes-nous dans une bulle? Voilà une question qui nous préoccupe, ainsi que nos clients, depuis de nombreux mois. Nos Perspectives des marchés financiers pour 2026 de BMO Nesbitt Burns traitent ce sujet en détail et présentent notre point de vue positif sur les marchés financiers pour l’année à venir.
Un aspect que nous n’avons pas encore abordé est le revers de la médaille des craintes suscitées par les bulles : l’état émotionnel connu sous le nom de génie du marché haussier. Dans un marché haussier prolongé, la hausse des prix récompense ceux qui prennent des risques, ce qui donne aux investisseurs l’impression qu’ils sont brillants et les amène à croire que le risque a disparu. Cet aveuglement peut les pousser à prendre des risques excessifs. Mais lorsque la situation se détériore, ils subissent des pertes qu’ils ne peuvent tolérer.
Le génie du marché haussier à l’échelle individuelle est une chose, mais les bulles et les frénésies nécessitent que des foules d’investisseurs se précipitent de façon imprudente. Sur le plan individuel, nous travaillons avec nos clients pour éviter la complaisance et maintenir des expositions au risque conformes aux attentes. Quant à la foule en général, il est encourageant de constater que la question des bulles est largement répandue. Les frénésies reposent sur la foi aveugle dans la hausse éternelle et illimitée des prix. Partout où je vais, des studios de télévision aux Uber en passant par les grandes et les petites entreprises, on me demande si nous sommes dans une bulle. C’est une bonne chose – cela signifie que les investisseurs sont conscients du risque de bulle et se prémunissent contre ce danger.
Il ne s’agit pas seulement de poser la question. L’évolution des cours sur les marchés boursiers témoigne également d’une discipline saine. Si les actions des sept magnifiques de l’indice S&P 500 sont au cœur des discussions sur la bulle, rappelons que, collectivement, elles ont subi deux replis importants (17 % et 28 %) au cours des 18 derniers mois. Individuellement, les investisseurs ont réduit de moitié le cours de l’action Tesla au début de 2025. Les actions de toutes les autres sociétés (à l’exception de Microsoft) ont subi des baisses de 30 % ou plus, rien qu’en 2025. Il est judicieux – et ce n’est pas un comportement frénétique ni de génie du marché haussier – de s’interroger sur les niveaux d’endettement et les ententes de financement circulaire au sein des entreprises liées à l’IA.
Enfin, oui, le marché haussier s’est élargi, mais nous ne considérons pas cela comme un signe de frénésie. Il s’agit d’une évolution saine si cet élargissement est soutenu par une solide croissance des bénéfices, ce qui est le cas. Les prévisions de croissance annuelle des bénéfices pour 2026 pour les principaux indices boursiers du Canada, des États-Unis, de l’Europe, du Japon et des marchés émergents se situent entre 12 % et 16 %. Nous n’avons pas connu ce niveau d’uniformité depuis au moins cinq ans.
Comment se défendre contre un génie du marché haussier? Comme le souligne Jack Bogle, la première étape consiste à reconnaître son existence. Le parrain de l’investissement Benjamin Graham offre également de bons conseils : « L’essence même de la gestion des placements réside dans la gestion des risques, et non dans la gestion des rendements. » Le style de placement que nous utilisons à BMO Gestion privée est conçu pour offrir des solutions prudentes, corrigées du risque, de grande qualité et bien diversifiées qui résisteront à l’épreuve du temps.
Nous tenons à vous remercier du fond du cœur pour la confiance que vous nous accordez et le privilège que nous avons ainsi de travailler en votre nom. Notre responsabilité envers vous passe toujours en premier.
Bonne année 2026!