« Laisser les jours passer… comme toujours, comme toujours. »
– « Once In A Lifetime », 1981, Talking Heads
Le thème du mois de janvier pourrait s’intituler « comme toujours », en référence au refrain de « Once In A Lifetime », le tube interprété par le groupe new wave Talking Heads, qui a été disque de platine. En général, le mois de janvier est synonyme de nouveau départ, mais ce sont plutôt les principaux thèmes de l’année 2025 qui ont continué de se manifester. Malheureusement, les manchettes ont continué d’être moroses, mais les résultats positifs des actions et des obligations se sont également maintenus, soutenus par une multitude de facteurs favorables qui soutiennent l’économie mondiale. Les marchés financiers continuent également d’envoyer des signaux importants qui servent de garde-fou aux décisions prises par les dirigeants mondiaux.
La fête a été interrompue au milieu du mois lors du dernier jour de bourse. La panique sur le marché des obligations d’État japonaises, les déclarations du président Donald Trump à l’égard du Groenland (qui ont d’abord été virulentes, puis elles ont été modérées) et sa nomination au poste de futur président de la Réserve fédérale (Fed) ont eu des répercussions sur les marchés.
En fin de compte, certains thèmes ont évolué (à savoir, la vigueur de l’or et la faiblesse du dollar américain). Mais au cours du mois, c’était essentiellement la même chose qu’avant. Les marchés boursiers hors Amérique du Nord ont mené le bal : les actions européennes, japonaises et des marchés émergents ont poursuivi leur progression. Les actions des petites et moyennes entreprises, qui ont pris leur essor au deuxième semestre de 2025, ont continué à grimper en flèche. Ces entreprises ont connu une longue traversée du désert, lors de laquelle elles ont enregistré des rendements inférieurs, et elles demeurent donc sous-évaluées selon de nombreux indicateurs par rapport à leurs homologues à grande capitalisation.
Le Canada ralentit un peu
Les marchés boursiers canadiens étaient en passe de dominer grâce à la forte exposition de notre marché à l’extraction de métaux précieux, ce qui a attiré l’attention à l’échelle mondiale. Ensuite, le 30 janvier, le cours intrajournalier de l’or a chuté de plus de 12 %, marquant son plus fort recul depuis le début des années 1980, et l’argent a plongé de 36 %, un record. L’indice S&P/TSX a réussi à conserver un gain de 0,7 % en janvier, mais il affichait une hausse de près de 5 % sur le mois avant le dernier jour de bourse. L’indice des actions canadiennes à faible capitalisation, qui est encore plus exposé aux sociétés aurifères que l’indice TSX, a enregistré une hausse spectaculaire de 17 % au cours du mois avant la correction des prix des métaux précieux. Après cette déroute, le bilan pour le mois a tout de même affiché une hausse importante de 8,6 %, qui s’ajoute au gain de 50 % enregistré en 2025.
La fièvre de l’or s’intensifie, puis redescend; le billet vert rebondit
La majeure partie de janvier a été marquée par la combinaison familière de 2025, à savoir la faiblesse du dollar américain et l’ascension fulgurante de l’or. Depuis le début de 2024, les prix du métal jaune ont connu une hausse quasi constante et, depuis janvier 2025, le dollar américain s’est affaibli. La baisse du billet vert et la hausse de l’or sont alimentées par plusieurs facteurs : les tensions géopolitiques, les bouleversements de l’ordre mondial de l’après-guerre, les guerres commerciales, les préoccupations liées à une inflation persistante, l’augmentation de la dette publique, les craintes à l’égard d’une dépréciation des devises, et les inquiétudes quant à l’indépendance de la Fed face aux pressions politiques.
Au cours des trois premières semaines de janvier, plusieurs événements ont galvanisé les thèmes liés à l’ordre mondial, à l’indépendance de la Fed et aux emprunts gouvernementaux. Aux États-Unis, il s’agissait de leur action militaire au Venezuela et de leurs ambitions à l’égard du Groenland. Par la suite, le président Trump a soulevé la question de l’indépendance de la Fed (encore une fois), tout en laissant entendre que la faiblesse du dollar américain n’est pas une si mauvaise chose. Au Japon, les coûts d’emprunt du gouvernement ont grimpé en flèche en réponse à des élections anticipées prévues le 8 février, qui pourraient déclencher d’autres mesures de relance gouvernementales. Ces événements ont accéléré la hausse de l’or et la faiblesse du billet vert. Le dollar américain a reculé de 3 % en une semaine et, avant la vente massive, le lingot avait progressé de 17 % au cours du mois, en plus de son gain de 65 % en 2025.
Après des fluctuations de prix aussi brutales, les conditions étaient réunies pour une correction. L’anxiété qui alimente les cours de l’or et du dollar américain s’est quelque peu apaisée, en grande partie grâce aux réactions venant des marchés financiers. Le repli des actions et la hausse des taux obligataires ont incité Washington et Tokyo à changer de ton, reléguant au second plan les craintes à l’égard des taux obligataires japonais, du Venezuela et du Groenland.
L’élément qui a accéléré ce renversement de situation pour l’or et le dollar américain a été la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed par l’administration Trump. Il est réputé pour ses positions fermes en matière d’inflation et prône une réduction du bilan de la Fed. Sa nomination a été une surprise (et est positive à long terme) parce qu’elle atténue (sans toutefois éliminer) l’incertitude qui pesait sur l’indépendance de la Fed, l’inflation et la création monétaire aux États-Unis – ces mêmes inquiétudes qui faisaient grimper le cours de l’or et baisser celui du dollar américain.
Il convient de noter que les taux des obligations d’État nord-américaines ont été raisonnablement stables tout au long de la période de turbulences qui a marqué la fin du mois. Cela montre bien que la volatilité est davantage liée à la hausse parabolique des prix des métaux précieux. Tandis que les actions canadiennes ont subi une forte baisse le dernier jour du mois de janvier, le huard a conservé la majeure partie de ses gains enregistrés au début du mois.
Les manchettes demeurent moroses, tout comme leur manque d’impact
Ajoutons également un autre élément au thème « comme toujours » venant de 2025 : les manchettes sont les manchettes, mais ce sont les bénéfices qui comptent. À moins que l’évolution de la situation géopolitique ne menace de freiner la croissance mondiale ou d’augmenter les coûts (inflation, prix du pétrole, salaires, impôts ou coûts d’emprunt), les marchés se concentrent sur les bénéfices, et à juste titre. Le Venezuela et le Groenland n’ont pas d’influence sur ces éléments, alors que l’Iran pourrait peut-être en avoir sur les prix du pétrole. Nous demeurons vigilants, mais, puisque le monde regorge de pétrole, les répercussions pourraient être limitées. Les coûts d’emprunt sont raisonnables, et la Fed et la Banque du Canada ont toutes deux maintenu les taux inchangés (c.-à-d. comme d’habitude).
Même si les marchés financiers ont été quelque peu agités en janvier (comme ils l’ont toujours été), la situation est restée inchangée : les facteurs les plus importants pour les investisseurs ont prévalu. Plus précisément, les consommateurs ont continué de dépenser (malgré leur mécontentement), les entreprises ont continué d’investir dans les technologies et au-delà, l’inflation est demeurée sur une trajectoire raisonnable et les marchés du travail sont restés bloqués dans une situation de statu quo, sans embauches ni licenciements, ce qui convient au contexte d’immigration nord-américain. Les marchés aiment le fait que les banques centrales puissent maintenir des conditions financières souples, grâce à une inflation stable (autour de 2,5 %) et à des marchés de l’emploi moroses. Ajoutons à cela une forte croissance économique nominale, c’est-à-dire une croissance économique réelle plus l’inflation, ainsi que des signes de gains de productivité. Tout cela laisse présager une solide croissance des bénéfices, ce qui a été confirmé lors de la dernière ronde de publication des résultats des sociétés.
L’or reprend du lustre
Au milieu de toutes les discussions sur le mouvement parabolique et la correction de l’or, on oublie une question plus importante qui se pose aux investisseurs : Que devrions-nous faire à ce sujet? L’or possède des caractéristiques particulières qui le rendent particulièrement difficile à appréhender pour les investisseurs. Le métal jaune semble être un placement sécuritaire et est perçu comme une bonne couverture contre l’inflation, l’incertitude géopolitique et les caprices des gouvernements qui contrôlent les monnaies fiduciaires. Pour la population canadienne, ces questions sont d’autant plus cruciales, car l’or joue un rôle prépondérant au sein de notre économie et de notre marché boursier. Voici un fait intéressant : la valeur en dollars des exportations d’or du Canada équivaut désormais à celle de nos exportations de pétrole, non pas parce que les exportations de pétrole se sont effondrées, mais parce que le cours de l’or a grimpé en flèche.
L’or est-il donc une valeur refuge contre les perturbations, l’inflation et la dépréciation des devises? Comme pour de nombreuses choses dans le domaine des placements, la réponse est : peut-être. Cela dépend de votre horizon de placement et de votre patience. L’or a démontré qu’il constitue une réserve de valeur intéressante, à condition d’être prêt à le conserver à long terme. Qu’est-ce que cela signifie? L’or sera là pour vous (il ne pourrit pas, ne flétrit pas et ne se détériore pas), les gens voudront toujours vous l’acheter, et paieront un prix qui vous permettra d’acheter d’autres choses que cet or aurait pu vous permettre d’acheter il y a des années. (Il demeure pertinent et, rajusté en fonction de l’inflation, il a toujours de la valeur.)
Le problème avec l’or, c’est que son évolution d’un jour à l’autre, ou d’une année à l’autre, peut être marquée par des épisodes de volatilité extrême et des périodes prolongées de stagnation; ces deux situations mettent à rude épreuve la patience des investisseurs.
D’un point de vue historique, le cours de l’or suit une tendance très régulière. Le prix augmente fortement, et cela peut durer plusieurs années. Au cours des 45 dernières années, nous avons observé deux hausses importantes qui ont duré chacune 10 ans, soit de 1970 à 1980 et de 2000 à 2011. Ces accélérations sont difficiles à prévoir, mais elles confèrent à l’or sa valeur à long terme. Entre ces périodes de hausses intenses se trouve un désert de désespoir. L’or a perdu 60 % de sa valeur sur une période de 20 ans (entre 1980 et 2000), qui a été marquée par des turbulences, mais généralement à la baisse. Plus récemment, de 2011 à 2018, il a chuté d’environ 30 %, suivant à nouveau une tendance générale à la baisse. Pendant ces longues périodes, rares sont ceux (à l’exception des investisseurs en or de longue date) qui parlent du métal jaune comme étant une réserve de valeur, de son statut de valeur refuge, de la protection qu’il offre contre l’inflation, ou encore du fait de détenir des actions de sociétés aurifères. Les conversations sont majoritairement moroses : « Pourquoi est-ce que je possède ça? » et « Est-ce que ça ne me coûte pas des frais de le posséder ou de le stocker? » Ces jours sombres préparent le terrain pour des reprises spectaculaires. La flambée actuelle dure depuis environ deux ans, ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle va encore durer huit ans. Il y a eu de nombreuses petites hausses d’une durée et d’une ampleur similaire qui ont pris fin brutalement, ce qui rend encore plus difficile l’anticipation des placements aurifères.
L’or, ce n’est pas de l’argent liquide
Que faisons-nous de tout cela? Cela ne signifie pas pour autant que l’exposition à l’or (que ce soient des placements dans des lingots ou des sociétés aurifères) n’est pas utile aux investisseurs. Cela veut dire que nous devons comprendre le comportement de cet actif (comme pour tous les actifs) et l’utiliser de manière appropriée. Selon nous, l’or n’est pas une réserve de valeur à court terme; un actif qui peut chuter de 10 % en une journée (comme cela s’est produit le 30 janvier 2026) n’est pas un placement approprié pour les liquidités dont vous aurez besoin en février ni à tout autre moment en 2026. Dans ce cas, les espèces ou les instruments du marché monétaire sont la solution.
L’or n’est pas une obligation
Certains investisseurs pensent que l’or représente une meilleure solution que les obligations d’État, qui sont une autre valeur refuge. Si l’on compare l’or aux obligations à long terme, on peut avancer des arguments en sa faveur (c’est pourquoi nous pensons qu’une certaine exposition à l’or est utile), mais l’horizon de placement est essentiel. Si vous souhaitez ou si vous avez besoin de récupérer votre argent dans un délai d’un, deux ou cinq ans, alors une obligation d’État avec une échéance semblable est pratiquement une garantie. La volatilité du cours de l’or, de jour en jour, de mois en mois, et même d’année en année, représente un stress plus important que ce que les investisseurs à court terme peuvent supporter.
L’or est un actif à risque et fait partie de la diversification
En résumé, investir dans l’or peut être « sûr » dans certaines circonstances. À notre avis, un actif est risqué s’il présente un profil de volatilité élevé et requiert un horizon de placement à long terme, et l’or présente ces deux caractéristiques. Le métal jaune devrait faire partie du volet des actifs à risque d’un portefeuille (comme les actions) et toujours être utilisé dans le cadre d’une diversification adéquate. C’est à vous de déterminer le niveau d’exposition aux placements dans des lingots ou des aux sociétés aurifères vous convient. Les recommandations à l’égard de l’ajout de cet actif à votre portefeuille se situent souvent dans une fourchette entre 5 % et 10 %. Les Canadiens doivent être particulièrement attentifs à leur exposition à l’or, car la flambée des prix de ces dernières années a augmenté la pondération des sociétés aurifères au sein de l’indice S&P/TSX, pour l’établir à environ 15 %.
Le mot de la fin : Ne mêlez pas la politique à votre portefeuille!
Le thème du mois de janvier, que l’on intitule « comme toujours », sied également bien à la litanie de manchettes chaotiques sur la politique et la géopolitique. Heureusement, comme en 2025, les marchés financiers ont continué de faire preuve de résilience (et même peut-être de bravade dans certains cas). Les actions ont chuté et les taux obligataires ont augmenté en réaction à l’évolution des événements et à un renversement alarmant des normes. Cela a continué de fournir les informations essentielles dont les décideurs ont besoin, en rappelant aux dirigeants mondiaux que leurs choix et leurs actions ont des répercussions sur l’économie réelle. Une fois que tout est revenu à la normale, les marchés financiers se sont recentrés sur les facteurs positifs qui sous-tendent l’économie mondiale, ce qui nous a permis de fredonner une dernière fois « comme toujours ». Comme d’habitude, il est essentiel de ne pas laisser les émotions politiques influencer nos décisions à l’égard de notre portefeuille de placements.