Le Canada et les États-Unis peinent à définir la prochaine étape de l’une des plus importantes relations commerciales bilatérales au monde, après l’échec des négociations commerciales entre ces deux pays et l’imposition de nouveaux tarifs douaniers, sources d’incertitude pour les entreprises, les investisseurs et les collectivités des deux côtés de la frontière. 


Nadim Hirji, délégué du conseil, BMO Entreprises, Amérique du Nord, animera la conversation virtuelle sur la rupture des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, les répercussions des nouveaux tarifs douaniers sur l’économie et les investissements, et ce que les entreprises et les investisseurs peuvent faire pour composer avec l’incertitude du contexte commercial actuel. 


Intervenants : 

  • Steve Verheul, Ancien négociateur commercial en chef du Canada et associé chez GT 

  • Michael Gregory, CFA, Économiste en chef délégué et premier directeur general, BMO   

  • François Trahan, M2SD, Stratège en chef, Placements, BMO Marchés des capitaux 


 

Pourquoi les pourparlers ont échoué


Nadim Hirji a souligné dans sa déclaration préliminaire que les chaînes d’approvisionnement intégrées, les solides flux de placement et l’engagement commun à l’égard de la croissance économique ont profité aux entreprises et aux investisseurs des deux côtés de la frontière. Qu’est-ce qui est à la base du désaccord qui met en péril ces avantages mutuels?


Selon Steve Verheul, l’échec des négociations est attribuable à l’accumulation de divers différends qui ont finalement compromis la viabilité de l’entente. Les principaux enjeux ayant empêché la conclusion d’une entente étaient les suivants :


  • L’exclusion des camions moyens et lourds des réductions tarifaires.

  • La demande inattendue visant à exclure les produits contenant de l’aluminium des réductions tarifaires.

  • Le traitement des marchandises importées de pays tiers et le risque de contrevenir aux engagements commerciaux pris envers ces pays.

  • Les exigences imposées aux services de diffusion en continu en matière de promotion du contenu national.


« Tout cela aurait essentiellement conduit à une relation commerciale très inégale entre le Canada et les États-Unis », a-t-il expliqué.


Compte tenu de la poursuite du processus de révision de l’ACEUM (accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada) en dehors des pourparlers bilatéraux entre le Canada et les États-Unis, M. Hirji a soulevé la possibilité que d’autres enjeux découlent de ce conflit commercial. Selon M. Verheul, les discussions relatives à l’ACEUM sont désormais remises en question, et il ne prévoit pas la reprise prochaine de négociations de plus grande envergure.


Ce dernier prévoit que le Canada cherchera à accélérer sa diversification économique, notamment en développant de nouveaux marchés énergétiques et en augmentant ses investissements en matière de défense. Il estime aussi qu’une désescalade mutuelle et une relance graduelle de la relation, soutenue par les entreprises et les investisseurs, constitueraient l’issue idéale. Toutefois, il juge peu probable qu’un règlement intervienne rapidement.


Évaluer les répercussions économiques


Ce différend commercial survient alors que les économies du Canada et des États-Unis montrent en réalité des signes encourageants de croissance. D’après Michael Gregory, l’économie américaine a enregistré une croissance du PIB de 1,5 %, tandis que la demande intérieure finale a progressé de plus de 3 % au deuxième trimestre, en partie en raison de l’expansion des infrastructures soutenant l’intelligence artificielle. Il s’attend également à ce que le Canada affiche une croissance plus forte lorsqu’il publiera son prochain rapport, après une période de faible rendement économique.


Selon lui, le conflit commercial se fera néanmoins sentir de façon marquée au Canada. « Le Canada ressentira les effets des droits de douane américains, notamment sur le plan de ses ventes aux États-Unis », a déclaré M. Gregory. Selon lui, les droits de douane pourraient réduire d’environ un demi-point de pourcentage le PIB canadien, bien qu’une partie des pertes puisse être contrebalancée par une réorientation des dépenses vers la production intérieure et par des interventions gouvernementales.


Toutefois, même si les droits de douane imposés par le Canada auront un effet négligeable sur l’ensemble de l’économie américaine, M. Gregory a souligné que leur nature ciblée, notamment sur des produits comme les produits de la mer, en particulier les crustacés, et les boissons alcoolisées, se fera sentir aux États-Unis.


Ce que cela signifie pour les investisseurs


D’après François Trahan, les signaux économiques actuels suggèrent que le différend commercial aura un effet graduellement inflationniste, ce qui pourrait amener la Réserve fédérale à maintenir une approche plus restrictive. C’est l’inverse pour le Canada, où selon lui, le différend encouragera la Banque du Canada à adopter une politique plus conciliante.


Sur le plan de la répartition de l’actif, M. Trahan estime que le différend commercial représente un léger risque baissier pour les actions américaines, notamment celles composant le S&P 500, dont la pondération croissante en titres de croissance les rend plus vulnérables aux pressions inflationnistes. Il a ajouté que les obligations pourraient elles aussi subir un léger contrecoup du différend commercial, en raison des mêmes facteurs qui pèsent sur les actions.


Normalisation des relations


Bien que les droits de douane imposés de part et d’autre du 49e parallèle créent actuellement beaucoup d’incertitude, M. Verheul estime que les pressions exercées par le milieu des affaires finiront par inciter les deux pays à trouver une solution.


Selon lui, le milieu des affaires américain est très favorable à l’ACEUM.


« Il n’y a aucun intérêt à s’aliéner son principal investisseur et son plus important partenaire commercial; il n’y a tout simplement rien à y gagner », a-t-il affirmé. « Je crois qu’à la longue, ces pressions finiront par porter leurs fruits, et j’espère que ce sera dans un avenir rapproché. »