La retraite est l’une des plus grandes transitions que nous traversons, mais nous avons tendance à la traiter principalement en termes financiers. Combien d’argent faudra-t-il pour se permettre de quitter le marché du travail de façon réaliste?


C’est une bonne question, dit Sandrine Nono-Kamga, conseillère, Planification de patrimoine à BMO Gestion privée. Mais lorsqu’il s’agit d’une retraite vraiment gratifiante, votre épargne n’est que le point de départ.


Dans le cadre de son travail, Sandrine guide souvent les clients dans ce qu’elle appelle l’aspect émotionnel, social et personnel de la retraite – la partie qui concerne ce à quoi ressemblera la vie à la retraite. Il n’est pas toujours facile d’y réfléchir, mais le fait de l’éviter peut laisser les gens à la dérive, agités ou isolés de façon inattendue au cours des années où ils devraient se sentir libres.


« Souvent, notre vie tourne autour du travail, sur ce que nous faisons pour vivre et sur l’endroit où nous travaillons », explique-t-elle. Mais lorsque le travail prend fin, les routines, les responsabilités et les relations qui l’accompagnent prennent aussi fin. « Qu’arrive-t-il si vous avez cinq millions de dollars d’épargne? Que ferez-vous avec ce montant? Vous avez encore besoin d’une raison de vous lever chaque matin. Vous devez tout de même avoir un sentiment d’identité. Vous devez tout de même savoir qui vous êtes et pourquoi vous faites ce que vous faites. »


Plus qu’un chiffre


Il est facile de comprendre pourquoi tant de gens se concentrent sur les chiffres. Selon le sondage annuel sur la retraite de BMO, les Canadiens croient avoir besoin de 1,7 million de dollars pour prendre une retraite confortable, en hausse par rapport à 1,54 million de dollars l’année dernière. En outre, plus du tiers des répondants ont dit craindre de ne pas avoir suffisamment d’argent.


Mais les recherches sur le bien-être des Canadiens âgés donnent à penser que la « sécurité psychologique », c’est-à-dire rester mobilisé, contribuer à la société et ressentir un sentiment d’appartenance, peut être aussi importante que la sécurité financière et la santé, ou même plus.


Une étude distincte indique que les changements sociaux à la retraite peuvent être aussi difficiles à gérer que les changements financiers, car une grande partie de notre identité et de notre appartenance est liée au travail. Les retraités qui rétablissent des liens sociaux ont tendance à déclarer une meilleure santé et une meilleure satisfaction de vivre.


C’est pourquoi, lorsqu’un nouveau client s’assoit en face d’elle, Sandrine met souvent la feuille de calcul de côté et approfondit l’entretien en lui demandant : « Parlez-moi de votre vie. Si l’argent n’était pas une contrainte, à quoi ressemblerait votre retraite? »


Les entretiens sont conçus pour révéler non seulement ce que quelqu’un peut se permettre de faire, mais aussi ce qu’il veut vraiment faire. Les réponses sont aussi variées que les personnes qui les donnent.


Un couple, par exemple, est venu voir Sandrine sans savoir si la retraite était possible dans les délais qu’il espérait. Le mari avait passé des années à exploiter une petite entreprise d’électricité et se sentait fatigué. Cependant, sa femme n’était pas convaincue qu’ils pouvaient se permettre que son mari quitte son emploi tout de suite.


Ce n’est qu’après que Sandrine a détourné la conversation des mathématiques de la retraite et mis l’accent sur le mode de vie souhaité que le portrait réel a commencé à émerger. Les fins de semaine avec les petits-enfants étaient ce qui comptait le plus, et le couple adorait les emmener et les gâter, jusqu’à l’achat occasionnel de blocs Lego. Le couple a parlé de voyages, du temps qu’il avait déjà passé aux États-Unis et des voyages qu’il espérait toujours faire en Europe et en Amérique du Sud, ainsi que des longs séjours qu’il se voyait faire en Floride.


À la fin de la rencontre, ils avaient cessé de demander si la retraite était possible et commencé à imaginer ce qu’ils voulaient qu’elle soit. « C’était une belle conversation », dit Sandrine.


Trouvez qui vous êtes


Pour Sandrine, la préparation émotionnelle commence par la précision. Trop souvent, explique-t-elle, la retraite est imaginée de façon générale – plus de voyages, plus de liberté, peut-être du bénévolat. Mais on ne réfléchit pas suffisamment à la façon dont ces ambitions s’intégreront à la vie quotidienne.


Elle encourage les clients à aborder la planification de la retraite avec la même intention qu’ils apportent à la planification financière. Asseyez-vous pour des moments de réflexion. Ayez une discussion en famille. Réfléchissez honnêtement à ce qui donne de l’énergie et du sens à la vie.


Voici quelques questions importantes : Aimez-vous la structure ou préférez-vous la souplesse? Êtes-vous le plus heureux auprès des gens ou préférez-vous la solitude? Quels aspects de votre vie actuelle voulez-vous approfondir et lesquels souhaitez-vous laisser de côté? Les réponses révèlent souvent que les clients n’avaient pas entièrement exprimé leurs priorités, a-t-elle dit.


Sandrine suggère également de mettre à l’essai des idées de retraite avant de s’engager pleinement à l’égard d’un plan.


« Si vous pensez vouloir voyager en Europe, allez-y pendant deux ou trois semaines à la fois, puis voyez à quoi cela ressemble », suggère-t-elle. La même logique s’applique à presque tout ce que les gens imaginent pour leur prochain chapitre, qu’il s’agisse de suivre des cours, de passer plus de temps avec leurs amis et leur famille ou de faire du bénévolat auprès d’un organisme de bienfaisance ou d’un organisme communautaire qui leur tient à cœur. Parfois, les résultats peuvent être surprenants.


Au bout du compte, Sandrine explique que les plans de retraite les plus solides portent sur plus que la sécurité financière. Après tout, la retraite ne consiste pas seulement à avoir suffisamment d’argent pour vivre, mais aussi à avoir des aspirations. Un plan de retraite devrait laisser de la place aux réalités pratiques de la vie après le travail, ainsi qu’aux questions plus difficiles sur la raison d’être, la routine et les liens sociaux.


« L’argent est extrêmement important », déclare Sandrine Nono-Kamga. « Mais ce n’est pas tout; il est tout aussi important de maintenir un objectif significatif et une raison d’être, en particulier à la retraite. »