Le 22 août, les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis ont échoué, ce qui a abouti à l’imposition par les États-Unis de tarifs douaniers de 50 % sur certains biens canadiens. Le Canada a par la suite annoncé des tarifs douaniers de représailles allant de 15 % à 50 % sur certains produits américains, dont l’entrée en vigueur est prévue le 8 septembre. 


Depuis, les entreprises attendent des précisions. De nombreux dirigeants d’entreprise se posent la même question : que se passera-t-il ensuite? Mais la question qu’il convient de se poser est plutôt la suivante : que font aujourd’hui les entreprises les plus solides pour transformer l’incertitude actuelle en avantage? 


J’ai récemment animé une discussion avec Pam Denton, chef, Solutions clientèle et Marchés stratégiques, Marchés mondiaux, BMO Marchés des capitaux, et Shelly Kaushik, économiste principale, Recherche économique, BMO Marchés des capitaux. Nous avons passé en revue les manchettes pour comprendre les mesures que les entreprises canadiennes peuvent prendre pour composer avec ce contexte de volatilité. 


Voici un résumé de notre conversation. 

 

Qu’est-ce qui a changé?


Les États-Unis et le Canada étaient déjà engagés dans une lutte tarifaire. La grande différence concerne maintenant la portée et l’ampleur des tarifs douaniers. « La dernière ronde nous plonge résolument dans un monde où les tarifs douaniers s’élèvent à 50 % », a déclaré Shelly Kaushik. Un autre changement important concerne les exemptions en vertu de l’ACEUM. « Auparavant, 85 % à 90 % des marchandises expédiées par les entreprises canadiennes aux États-Unis étaient exemptées de tarifs douaniers. C’est toujours le cas pour la grande majorité des produits, mais on craint que le rempart de protection de l’ACEUM ne se soit écroulé. » 

 

La façon dont l’incidence de la guerre commerciale se manifeste dans les données économiques n’est pas encore déterminée, ce qui ajoute à l’incertitude. Mme Kaushik a souligné que le PIB du Canada au deuxième trimestre montrait des signes que l’économie prenait de l’élan. Le contexte a toutefois beaucoup changé. L’incidence est particulièrement marquée dans des secteurs comme l’acier, l’aluminium et l’automobile, et se fait surtout sentir au Québec et en Ontario, suivis de la Colombie-Britannique.  

 

Les exportations ont légèrement baissé en juillet, avant l’annonce des tarifs douaniers américains. « Nous estimons que ces tarifs douaniers entraîneront une baisse de la croissance d’environ 0,5 % », a déclaré Mme Kaushik. « Mais il y a encore tellement d’incertitudes en ce moment. » 

 

Composer avec la volatilité


Personne ne peut gagner au jeu des prévisions. En particulier en cette période d’incertitude accrue, il est difficile de prédire l’évolution des devises, des produits de base ou des taux d’intérêt. J’ai demandé à Pam Denton comment les principaux dirigeants abordent la volatilité. 

 

« La première chose à faire est d’examiner un taux budgétisé », a-t-elle dit. « Nous essayons d’aider nos clients à prévoir la volatilité et l’incertitude, et non à prédire l’évolution du cours sous-jacent. La principale préoccupation est de définir la protection dont vous avez besoin. Certaines entreprises ont un niveau d’exposition important qui doit être géré, tandis que d’autres ont une composante de base qui nécessite une certaine protection pour prévoir les flux de trésorerie. » 

 

Mme Denton a ajouté que des indicateurs comme la souplesse des marges et l’élasticité des prix orientent la façon dont les entreprises gèrent leur exposition.  

 

« Si vos marges sont solides, vous avez plus de flexibilité et plus de capacité d’adaptation en cette période de volatilité », a déclaré Mme Denton.  

 

Couvrir la totalité de votre exposition est rarement la bonne solution. Mais si vous venez d’effectuer une acquisition importante, par exemple, vous voudrez atténuer beaucoup plus votre risque de taux d’intérêt.  

 

Une stratégie pour la volatilité


Selon Mme Denton, dans ce type d’environnement, les chefs des finances les plus expérimentés sollicitent des conseils. « Ils reconnaissent que ce n’est pas leur domaine d’expertise et souhaitent obtenir des conseils, qu’il s’agisse de fusions et acquisitions, de couverture des taux d’intérêt, de change ou d’énergie. »  

 

Comme je l’ai souligné lors de notre discussion, les exploitants les plus solides, ceux qui ont traversé plusieurs cycles économiques, ont généralement une stratégie bien rodée pour faire face au contexte actuel. Bien que cette stratégie varie d’une entreprise à l’autre, certaines considérations fondamentales s’imposent, notamment :  

 

  • Quelle volatilité pouvez-vous vous permettre?  

  • Quel est votre niveau d’endettement approprié dans le contexte actuel?  

  • De combien de liquidités avez-vous besoin? 

 

Les exploitants les plus solides examinent également l’environnement pour repérer des occasions potentielles. Ces entreprises comprennent que même si les conditions sont incertaines, elles ne peuvent pas rester les bras croisés. Elles explorent des occasions dans les fusions et acquisitions, la diversification de la chaîne d’approvisionnement et l’expansion sur de nouveaux marchés. 

 

Nous constatons que les acheteurs sont prêts à payer une prime pour certaines entreprises qui ne sont pas touchées par la situation commerciale actuelle. Pour un propriétaire d’entreprise qui prévoit vendre au cours des cinq prochaines années, la situation pourrait accélérer les démarches.  

 

Il semble que l’incertitude continue de croître, et il est impossible de prédire quand une certaine certitude reviendra. La clé pour les propriétaires d’entreprise et les dirigeants est de savoir quand le contexte d’une situation donnée offre un avantage potentiel, et de mettre leur entreprise en position d’en tirer parti.