Une vision plus claire des risques et une réduction de l’incertitude ont soutenu la confiance des investisseurs au cours des derniers mois, même si les perspectives économiques aux États-Unis et au Canada ne sont pas entièrement optimistes.
Au début de l’année 2025, les acteurs du marché se posaient de nombreuses questions sur la forme que prendraient finalement les droits de douane américains, sur leurs conséquences pour l’inflation et sur la manière dont les banques centrales réagiraient. Aujourd’hui, bon nombre de ces questions ont trouvé une réponse, donnant aux économistes et aux investisseurs les renseignements dont ils ont besoin pour tenir compte de ces risques dans leurs prévisions et leurs portefeuilles.
Pour comprendre ce qui s’est passé jusqu’à présent cette année et comment ce contexte façonnera 2026, BMO a organisé une table ronde intitulée « Qu’est-ce qui nous attend sur les plans de l’économie, des marchés et du commerce? » Camilla Sutton, première directrice générale et chef, Recherche sur les actions, Canada et Royaume-Uni, BMO Marchés des capitaux, a animé la table ronde, qui comprenait :
Doug Porter, premier directeur et économiste en chef, BMO
Ernie Tedeschi, directeur de l’économie au Budget Lab de l’université de Yale et ancien économiste en chef du Council of Economic Advisors de la Maison Blanche
Dan Phillips, chef des placements, BMO Gestion de patrimoine, É.-U.
Perspectives économiques
Pendant la majeure partie de l’année, les chefs d’entreprise et les investisseurs ont dû faire face à de nombreuses difficultés, notamment les tensions commerciales, l’évolution de la politique budgétaire et fiscale des États-Unis et, plus récemment, éventuel arrêt des activités gouvernementales aux États-Unis. D’un côté, on peut avoir l’impression que la confiance économique et des entreprises sont assez faibles, mais la réalité est plus nuancée, a déclaré Doug Porter.
Au cours des neuf derniers mois, tout le monde a essayé de comprendre comment ces variables complexes pèseraient sur l’inflation et la croissance, a-t-il expliqué. Aujourd’hui, l’inquiétude s’est quelque peu déplacée de l’inflation vers l’affaiblissement de la situation de l’emploi. « Il est plutôt évident que la croissance de la masse salariale ralentit de manière assez marquée », dit-il.
Le taux de chômage aux États-Unis est de 4,3 %, en hausse de près d’un point de pourcentage par rapport à son niveau le plus bas d’avril 2023, a indiqué Ernie Tedeschi. Ce chiffre n’est pas alarmant, mais il se situe juste à la limite de ce que les économistes définissent comme le plein emploi. « Si vous avez un emploi aux États-Unis en ce moment, tout va bien, mais si vous êtes à la recherche d’un emploi ou si vous êtes un nouvel entrant, le marché du travail est très difficile », déclare-t-il.
En ce qui concerne la santé globale de l’économie américaine, ni M. Porter ni M. Tedeschi n’ont estimé qu’il y avait lieu de s’attendre à une récession. Selon les derniers chiffres du deuxième trimestre, la croissance du PIB américain est passée à 3,8 %, tandis que la croissance du troisième trimestre devrait se situer entre 2,5 % et 3 %, a déclaré M. Porter. « Les chiffres récents du PIB sont encore assez solides, a-t-il expliqué. Dans l’ensemble, l’année ne s’annonce pas particulièrement robuste pour l’économie américaine, mais elle n’est pas non plus faible. »
Tedeschi partage le même point de vue. « Ce que nous avons actuellement aux États-Unis, c’est une économie à personnalité partagée », a-t-il déclaré, soulignant la dichotomie entre la croissance du PIB et le ralentissement de l’emploi. M. Tedeschi a fait remarquer que l’économie américaine est en partie soutenue par les investissements privés dans les technologies de l’intelligence artificielle. Le défi consiste à comprendre dans quelle mesure cet investissement sera durable.
Pour 2025, BMO s’attend à ce que la croissance du PIB américain soit légèrement supérieure à 2 %, et à ce qu’une croissance semblable soit attendue en 2026. Au Canada, Études économiques BMO prévoit que le PIB augmentera d’un peu plus de 1 % cette année, ce qui n’est pas tout à fait une récession, a déclaré M. Porter.
Les craintes concernant les tarifs douaniers s’apaisent
Les inquiétudes des marchés concernant les droits de douane américains, qui ont déclenché la volatilité des marchés boursiers en avril, se sont largement apaisées.
Les droits de douane ont une incidence sur les dépenses de consommation en biens durables, qui sont devenues négatives au début de l’année, mais le consommateur américain a par ailleurs bien résisté. Néanmoins, M. Tedeschi a déclaré qu’il était évident que les droits de douane entraînaient une hausse des prix, les coûts des produits de base étant supérieurs d’environ 2 % à ce qu’il aurait prévu en se basant sur les tendances de 2024. « Ce n’est pas énorme par rapport à l’ensemble des prix, dit-il, mais c’est un effet perceptible, surtout pour les consommateurs. »
En ce qui concerne les relations entre le Canada et les États-Unis, M. Tedeschi a souligné l’efficacité de l’accord commercial régional Canada–États-Unis–Mexique, qui a permis d’atténuer l’incidence des droits de douane américains sur le Canada. Si l’on considère le taux tarifaire effectif de toutes les recettes liées aux droits de douane que les États-Unis perçoivent sur les importations canadiennes, il n’est que de 3 %, a-t-il ajouté. « Nous nous attendions à ce qu’environ 50 % des échanges avec le Canada soient exempts de droits de douane en vertu de l’ACEUM, et ce sont presque tous les échanges [qui ont été couverts par l’ACEUM et donc exempts de droits de douane] », a-t-il déclaré.
Baisse attendue des taux d’intérêt
Études économiques BMO prévoit que la Réserve fédérale réduira ses taux de référence de 75 points de base supplémentaires l’année prochaine, après une réduction semblable en 2025, ce qui les ramènera à 3 %.
Au nord de la frontière, la Banque du Canada (BdC) a détourné son attention sur les risques d’inflation pour s’intéresser davantage à une croissance un peu plus faible, a déclaré M. Porter. En fin de compte, il pense que la Banque du Canada ramènera le taux du financement à un jour à 2 %, ce qui signifie qu’elle procédera à deux nouvelles baisses. « Le calendrier n’est pas encore très clair, mais, pour l’instant, nous prévoyons une pause lors de la prochaine réunion en octobre, puis une réduction en décembre et enfin une dernière baisse en mars de l’année prochaine, a-t-il expliqué. Beaucoup de choses dépendent de l’évolution des chiffres de l’inflation et du chômage dans les mois à venir. »
Les perspectives de placement qui s’améliorent
Peu de gens avaient prédit l’excellent rendement des marchés boursiers cette année, l’indice composé S&P/TSX étant en tête de peloton.
Les investisseurs ont non seulement obtenu plus de clarté quant à l’incidence des droits de douane sur l’économie dans son ensemble, mais ils ont aussi davantage de confiance pour investir. « Les marchés détestent l’incertitude », de dire Dan Phillips. Connaître le taux effectif des droits de douane, l’incidence sur le marché de l’emploi et la manière dont la Réserve fédérale pourrait réagir – même si certains signaux sont négatifs – a aidé les investisseurs à prendre de meilleures décisions en fonction de leur perception des risques, explique-t-il.
Bien que M. Phillips reconnaisse que les valorisations semblent élevées, une période d’un an n’a jamais été un indicateur fiable du rendement du marché. Au contraire, il voit les choses sous un angle plus positif.
Citant le potentiel de nouvelles baisses de taux par la Réserve fédérale, les prochaines élections américaines de mi-mandat, la déréglementation et la poursuite des investissements dans l’intelligence artificielle, M. Phillips a déclaré : « il existe un certain nombre de catalyseurs que nous pourrions voir au cours des six à douze prochains mois et qui pourraient continuer à pousser les marchés à la hausse ».
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