Personne ne met sa maison sur le marché du jour au lendemain en s’attendant à en tirer le meilleur prix. C’est parce que la personnalité et les éléments de confort que vous avez insufflés à votre maison pourraient ne pas intéresser les acheteurs potentiels. La même logique s’applique à votre entreprise. Les systèmes et les processus en place dans votre entreprise fonctionnent peut-être parfaitement bien pour vous, ou peut-être seulement grâce à vous, mais ce n’est pas ce qui générera de la valeur lorsque vous chercherez à la vendre.
Au fil du temps, il est facile d’ignorer les petites inefficacités qui touchent vos opérations ou les mises à niveau tactiques qui pourraient augmenter la valeur de l’entreprise. Après tout, si tout fonctionne, pourquoi investir? Bien entendu, cette logique ne tient plus lorsque vous envisagez votre sortie et que l’importance de saisir les occasions d’ajouter de la plus-value à l’entreprise devient claire. Sans marge de manœuvre suffisante, les options sont limitées. L’intérêt des acheteurs diminue. L’évaluation peut être inférieure aux attentes, ce qui peut forcer des compromis difficiles dans les plans de retraite ou de succession.
Si vous cherchez à maximiser la valeur, essayer de dissimuler les défauts une année ou deux avant votre sortie ne suffira tout simplement pas. « Mettez-vous à la place de l’acheteur », explique John Paniccia, vice-président et directeur général national, Services-conseils aux entreprises et planification de la relève à BMO Gestion privée. « Si l’entreprise dépend entièrement du fait que vous êtes propriétaire pour générer des flux de trésorerie futurs en fonction de vos relations, et que j’interviens en tant qu’acheteur, qu’est-ce que j’achète exactement? »
La question se fait de plus en plus pressante pour les propriétaires de petites entreprises au Canada. On s’attend à ce que 76 % d’entre eux quittent ou prennent leur retraite au cours de la prochaine décennie, et que plus de 2 000 milliards de dollars en actifs changent de mains. Pourtant, seulement un entrepreneur sur dix a un plan de relève officiel.
Cela peut laisser peu de temps pour renforcer l’entreprise d’une manière attrayante pour les acheteurs, explique M. Paniccia. Pour réussir une transition, il faut une stratégie et une attention soutenue au fil du temps. « C’est un processus, plutôt qu’un événement », explique-t-il. « Vous ne voulez pas que des circonstances imprévues comme un décès ou une maladie soient à l’origine de la transaction, car vos options sont limitées si vous n’avez pas préparé l’entreprise. »
Ce que les acheteurs achètent exactement
Lors des réunions de planification de la relève avec ses clients, un malentendu courant que M. Paniccia constate a trait à la valeur de l’entreprise selon les propriétaires. Ils appliquent instinctivement un multiple qu’ils jugent standard pour leur secteur d’activité aux bénéfices de la dernière année. Cela peut constituer un point de référence approximatif, mais ce n’est pas ainsi que les acheteurs abordent une vente.
« La valeur est fondée sur les flux de trésorerie futurs, et plus précisément sur le risque lié à l’atteinte des flux de trésorerie futurs », explique-t-il. Les acheteurs paient pour ce qu’une entreprise générera après la conclusion de la transaction et pour leur conviction que ces bénéfices continueront d’être générés.
De ce point de vue, il est essentiel de réduire la dépendance d’une entreprise à son propriétaire lorsque l’on planifie la relève. Cela signifie qu’il faut prendre le temps d’intégrer les relations, les connaissances et les compétences du fondateur à l’entreprise elle-même. Comme le dit M. Paniccia, il arrive un moment dans votre carrière où vous devez travailler sur l’entreprise, et pas seulement dans celle-ci. Cela diminuera le risque lié à l’entreprise, augmentera la survaleur transférable sur le plan commercial, ce qui se traduira par des ratios plus élevés, et préservera également vos options de sortie, peu importe le type de transition que vous envisagez, même les transitions familiales.
Créer une valeur qui survit à une vente
Selon M. Paniccia, les facteurs qui influent sur la valeur d’une entreprise avant une vente sont constants. Les acheteurs sont attirés par des flux de trésorerie stables et prévisibles et un excellent rendement par rapport à la concurrence dans le secteur sur le plan de la croissance et des marges.
Cependant, ils valorisent également les types de valeur qui perdurent : force de la marque, relations de longue date avec les clients, systèmes documentés et technologie exclusive. Il est tout aussi important d’avoir une équipe de direction capable d’obtenir des résultats sans que le fondateur soit au cœur de chaque décision. La mise en place de tous ces éléments prend du temps et requiert parfois la discipline de retarder sa sortie si les conditions ne sont pas favorables.
M. Paniccia se souvient d’une société de produits chimiques dont le propriétaire est venu le consulter après avoir reçu des offres bien inférieures à ses attentes. « Nous avons examiné l’entreprise en détail et lui avons conseillé de retirer l’entreprise du marché, d’y travailler au cours d’un certain nombre d’années et de la remettre en vente par la suite. »
Le propriétaire a accepté; il a passé les années suivantes à diversifier la gestion, à documenter les processus et à structurer les activités qui, jusque-là, reposaient essentiellement sur le fondateur. L’entreprise s’est finalement vendue à plus du double des offres que le propriétaire avait reçues auparavant. M. Paniccia a expliqué que l’entreprise avait transformé la survaleur personnelle, qui a reposait sur le propriétaire, ce qui rendait les flux de trésorerie futurs risqués pour les acheteurs potentiels, en survaleur transférable sur le plan commercial que le marché était prêt à payer.
Réduire les risques liés à l’entreprise afin d’obtenir des résultats optimaux
Évaluer l’entreprise, prendre du recul et travailler sur cette dernière de cinq à sept ans avant une vente constitue un bon horizon pour repérer les risques liés à l’entreprise et créer de la valeur, même si de nombreux propriétaires, absorbés par leurs activités quotidiennes, ont de la difficulté à trouver le temps de le faire. « Le problème est que de nombreux entrepreneurs ne sont pas portés à agir ainsi. Plusieurs propriétaires d’entreprise sont l’entreprise et l’entreprise vacillerait en leur absence », explique M. Paniccia. « Qu’il s’agisse de se préparer à une vente à un tiers ou à un transfert intergénérationnel, la clé est de bâtir une entreprise qui peut fonctionner avec succès sans vous : il est important d’examiner les postes clés et l’équipe actuelle, puis de décider où des lacunes doivent être comblées. Cela assurera la continuité des activités, la transition de la survaleur et la souplesse quant aux options de sortie. »
Les évaluateurs d’entreprises agréés de BMO, qui font partie de l’équipe Services-conseils aux entreprises et planification de la relève dirigée par M. Paniccia, travaillent en étroite collaboration avec les propriétaires pour repérer les véritables facteurs de valeur. Ils aident les propriétaires d’entreprise à déterminer la façon dont les acheteurs percevraient l’entreprise, fournissent un point de vue transparent des risques actuels liés à l’entreprise et des flux de trésorerie futurs et suggèrent des stratégies pour éliminer ces risques qui, non seulement renforcent l’entreprise aujourd’hui, mais permettent d’obtenir une plus grande valeur dans le futur.
La meilleure offre n’est pas toujours la plus élevée
La récompense pour des années de travail n’est pas seulement une offre plus élevée. Selon l’expérience de M. Paniccia, dans environ un tiers des cas, ce n’est pas l’offre la plus élevée qui est acceptée. Les propriétaires tiennent souvent compte d’autres priorités, comme la protection des employés ou la préservation de leur héritage. Certains recherchent un partenaire stratégique qui peut continuer à bâtir sur ce qu’ils ont commencé.
Une planification précoce peut également contribuer à réduire des malentendus coûteux et même des conflits personnels, surtout dans les entreprises familiales. M. Paniccia se souvient d’un groupe du domaine automobile où deux enfants adultes travaillaient dans différents segments de l’entreprise. Leur parent avait présumé que les enfants reprendraient l’entreprise un jour. Mais il est devenu clair que l’un des enfants n’avait pas du tout l’intention de demeurer dans l’entreprise.
« En ayant les bons entretiens, cela a vraiment aidé tout le monde à clarifier ses attentes », explique-t-il.
Les propriétaires qui commencent tôt sont habituellement dans une position beaucoup plus solide au moment de la vente ou de la transition.
« Nous posons souvent la question suivante aux clients : si vous deviez vous absenter de l’entreprise, que lui arriverait-il? » a dit M. Paniccia. « Selon les personnes qui ont transféré leur entreprise, travailler “sur” l’entreprise plutôt que simplement “dans” l’entreprise représente 80 % de la planification, mais c’est un élément qui est souvent négligé au départ. La clé est de commencer tôt, des années avant une vente ou une transition. »